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L'éolien en 2010 au point mort

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Tout comme la filière du photovoltaïque, l’éolien offshore français est paralysé par les doutes et les reports du gouvernement. Et le problème est à la fois économique et politique. D'un côté, des institutions locales qui se heurtent aux réticences de certains habitants et de l'autre un gouvernement qui revoit tous ses budgets à la baisse allant dans le sens inverse de la filière éolienne qui souhaiterait un effort supplémentaire dans le soutien financier.

Pour se remettre en mémoire le contexte, il faut se souvenir que les engagements européens de la France indiquent 23% d'énergie renouvelable d'ici 2020 avec un plan de 6 000 MW d'éolien offshore, décidé au cours du Grenelle de l'Environnement. Problème : pas un projet n’est sorti de l’eau quand la Grande-Bretagne, elle, a inauguré fin septembre un parc de 100 turbines au large du Kent et prévoit au total 35 000 MW…

Les ambitions de la France sont donc modestes en comparaison de nos voisins européens et n'avancent pas. Devant l'incertitude du gouvernement, des oppositions s'activent et prennent de l'ampleur contre tous les projets d'éolien offshore.

Le projet éolien offshore au large de l'île d'Yeu qui rencontre un très large consensus auprès de la population et des élus locaux est au point mort parce que l'ex-président de la region Vendée, Philippe de Villiers en aurait obtenu la disparition.

Peut-on vraiment développer 6 000 MW éoliens quand quelques opposants déterminés peuvent bloquer un projet ? Les défenseurs de l’offshore pensaient qu’en mer, l’acceptabilité serait meilleure. Mais les opposants s’organisent. Dans la foulée du débat public sur le projet du Tréport, le collectif Pulse (Pour un littoral sans éoliennes) s’est constitué en octobre pour réclamer «un moratoire, le temps qu’on fasse un vrai bilan avantages-inconvénients», explique son délégué général, Thierry Cramilly. «Nous avons bon espoir d’avoir une influence, d’autant que le "marketing écologique" n’est plus au premier plan dans le gouvernement.»

Le dossier divise les partis comme les professionnels. Les pêcheurs peuvent être très hostiles (au Tréport) ou plutôt favorables (en Vendée). «On n’est pas contre sur le principe, mais ça peut quand même gêner l’activité», avance-t-on au Comité national des pêches. Depuis que la loi de modernisation agricole a prévu de reverser la moitié de la taxe sur les éoliennes offshore au comité des pêches, la virulence est un peu retombée…

Le pire est que tous ces projets sont montés et présentés aux habitants locaux sans que les règles officielles n'aient encore été définies. Reportée plusieurs fois, l’annonce des modalités de l’appel d’offres sur l’éolien offshore et de la carte des «zones propices» est promise «avant Noël». On évoque une première tranche de 3 000 mégawatts, un investissement de 10 milliards d’euros. La filière de l'éolien tente d'avancer pas tant pour mettre le gouvernement au pied du mur que pour le pousser à respecter ses engagements.

Il reste en parallèle aussi à trouver l'équilibre économique de l'éolien offshore. Comme toutes les énergies renouvelables, l'éolien offshore requiert un soutien financier de la part de l'Etat pour se développer et cette filière est gourmande en capital.

Le niveau du soutien de l’Etat fait l’objet d’âpres discussions. Le tarif d’achat prévoit 13 centimes le kilowattheure (kWh). C’est plus que l’éolien terrestre (8,2) lui-même au-dessus des prix de marché européen (autour de 6,5). Et c’est beaucoup plus cher que le nucléaire. Mais le prix de toutes les non-renouvelables va augmenter dans les vingt ans. Celui de l’éolien restera stable. Pour le Syndicat des énergies renouvelables, d’ailleurs, les 13 centimes restent insuffisants, comparés aux aides dans les pays voisins.«Il s’agit de subventionner une énergie nouvelle, justifie Jean-Mathieu Kolb, de la Compagnie du vent, filiale de GDF Suez, qui défend un grand projet au large du Tréport. C’est cher, mais moins qu’on pourrait le croire, d’autant que le offshore a une meilleure productivité que l’éolien terrestre. Et il n’y a pas de coût caché dans le prix qui inclut la construction, l’exploitation et la déconstruction.»

Il faut retenir aussi que le développement des énergies renouvelables en général et de l'éolien offshore en particulier constitue une stratégie industrielle dans laquelle la France prend un retard considérable et passe à côté de la création d'emplois non délocalisables. Le gouvernement ne veut pas être accusé, comme dans le photovoltaïque, de sponsoriser des entreprises étrangères. Or, avec l’éolien, les géants s’appellent Vestas (Danemark) ou Siemens (Allemagne). «Mais la France a des savoir-faire, des compétences, rétorque Marion Lettry, du Syndicat des énergies renouvelables. On n’a pas de constructeurs d’éoliennes, mais un tissu industriel autour pour les mâts, les appareils électriques, les pales…» Une étude de PricewaterhouseCooppers (PwC) l’assure : «On est souvent focalisé sur les turbines et le rotor, mais ce n’est qu’une partie des équipements.»«Il faut créer une filière française importante, estime Daniel Fidelin, député UMP. Les ports ont leur rôle à jouer, mais aussi le génie civil, l’ingénierie en mer…» Et là, on ne parle pas de PME, mais d’Areva, EADS ou Alstom. «C’est générateur d’emplois locaux, non délocalisables», poursuit PwC.

Reste à ajuster l’appel d’offres pour qu’il donne un coup de pouce à la filière française tout en respectant les règles européennes de concurrence.

Source: Liberation.fr (20/12/2012)

Illustration: flickr.com/Wessex Achaeology

 

 

 

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